Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Une vie broyée
Ce petit livre, le troisième d’Édouard Louis, auteur prodige, est un nouveau J’accuse.

ivait l’enfance et l’adolescence d’un garçon bon élève, efféminé, homosexuel, dans une famille ouvrière de Picardie. Moqueries, humiliations quotidiennes de la part de ses camarades comme de ses proches. Le salut fut la fuite et l’écriture.

Dans Qui a tué mon père, on le retrouve, le temps a passé, il est apaisé, il a réussi, sans oublier ses origines, bien au contraire, il y revient. Il évoque son père, un père que la vie a brisé. Des velléités d’évasion vite avortées, alors l’usine, seul recours pour qui a quitté l’école trop tôt, puis l’accident du travail, l’invalidité, le corps qui lâche, un homme vieux avant l’heure. Tout au long de la centaine de pages, le fils parle à son père, il y a le tutoiement, les phrases courtes. Il remonte le temps, essaye de comprendre ce père trop souvent blessant ou injuste. Il se revoie enfant, ado, dans des situations dont le souvenir le brûle. Et tous ces non-dits qui le laissaient désemparé. Avec le recul se fait jour une explication, pour le narrateur elle est dans le capitalisme mortifère, une société qui broie les plus démunis, ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. Alors le regard du fils se mue en empathie, en affection retenue, et en colère. Les dernières pages prennent alors une tournure nettement politique, un J’accuse d’aujourd’hui. Sont énoncées et datées toutes les mesures qui, de Sarkozy à Macron, ont contribué à enfoncer, avec son père, les plus modestes, le fils dit à son père : « L’histoire de ta vie est l’histoire de ces personnes qui se sont succédé pour t’abattre. L’histoire de ton corps est l’histoire de ces noms qui se sont succédé pour le détruire. »

Plus percutant qu’un discours politique, un livre sublime et bouleversant.

 

NG

 

Qui a tué mon père d’Édouard Louis éditions du Seuil

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :